IMPACT DU MOUILLAGE DES GRANDS NAVIRES EN MEDITERRANEE FRANÇAISE (3/4)

 

Grande plaisance : quel impact sur les herbiers de posidonie ?

Environ 30 % des habitats côtiers (0 à -80 m) subissent une pression de mouillage par les grands navires (supérieurs à 24 m). L’ancrage dans les petits fonds (inférieurs à -10 mètres) représente 13 % des mouillages. Les herbiers sous-marins à posidonie (Posidonia oceanica), ceux-là même qui rendent les services écosystémiques les plus importants, concentrent 24 % des mouillages. Les bateaux les plus nombreux à jeter l’ancre dans les herbiers appartiennent à la classe de taille des 40-60 mètres.

La région PACA est celle qui centralise le plus grand nombre de mouillages avec quatre zones de fortes concentrations : golfe de Fos, golfe de Saint Tropez, Golfe-Juan et la rade de Beaulieu-sur-mer. En une dizaine d’années, certains secteurs ont perdu plus de 100 ha d’herbier vivant (Golfe-Juan : 225 ha perdus entre 2006 et 2018 ; Golfe de Saint-Tropez : 145 ha perdus entre 2010 et 2018).

Quelle répartition des ancrages sur les habitats marins ?

La répartition des ancrages sur les habitats marins est d’environ 1/4 sur l’herbier de posidonie et 2/3 sur les fonds meubles. Cette répartition est similaire d’année en année et la variation est uniquement proportionnelle au nombre de bateaux en navigation.

Même si plus de 85 % des mouillages des bateaux de plus de 24 mètres recensés par AiS entre 2010 et 2018 sont observés au-delà de 10 m de profondeur, les petits fonds sont aussi touchés par cette pression : 2596 mouillages dénombrés entre 0 et -10 m soit 13 % de l’ensemble des mouillages de la grande plaisance. Ces mouillages sont effectués en majorité par des navires entre 40 et 60 m de long (50 %), et entre 24 et 40 m de long (31 %).

(©Andromède Océanologie)

Les conséquences de l’arrêté n°155/2016 sont-elles observables ?

L’arrêté N°155/2016 réglemente le mouillage des grands navires (navires de plaisance ≥80m et autres types de navires de jauge brute supérieure ou égale à 300 (UMS) ou de longueur supérieure ou égale à 45 mètres) et vise à réduire leur impact sur les habitats sous-marins. Les capitaines sont désormais tenus de demander une autorisation de mouillage à une autorité décisionnaire agissant au nom du Préfet maritime.


On observe sur les données AIS de 2015 à 2018 une légère baisse du nombre de mouillages de navires supérieurs à 80 mètres sur l’herbier de Posidonie avec 146 mouillages en 2018 contre 219 en 2015.

Classe de taille des bateaux ancrant dans l’herbier

L’analyse de la longueur des bateaux mouillant sur l’herbier vivant (24 % des mouillages) montre que les bateaux de moins de 60 mètres sont les plus nombreux à jeter l’ancre dans l’herbier de posidonie (50 %). La position des mouillages par classe de taille et par année est accessible sur la plateforme Medtrix.

L’AIS permet :
– de localiser les mouillages dans le temps et de les superposer à la cartographie des habitats marins
– identifier chaque navire ainsi que ses caractéristiques

Exemple de données disponibles dans Medtrix (ici dans le golfe de St Tropez). Superposition des données de mouillage (points de couleurs en fonction de la classe de taille des bateaux) – en vert l’herbier vivant, en rouge, l’herbier mort récemment (moins de 5ans) et en brun, l’herbier mort plus ancien (>5ans)

Où se repartissent les mouillages ?

On observe une répartition inégale des mouillages selon les régions. En Occitanie, le nombre de mouillages est beaucoup moins important et la grande majorité de ces mouillages se trouve hors herbier de posidonie (symbole de couleur noire) car les herbiers vivants y sont peu étendus. Par contre, la région PACA est celle qui concentre le plus grand nombre de mouillages avec quatre zones de fortes concentrations : golfe de Fos, golfe de Saint Tropez, golfe Juan et rade de Beaulieu.

Localisation des mouillages hors (noir) ou dans les herbiers de posidonie (couleur) en fonction de la longueur des bateaux avec zooms sur les secteurs de golfe Juan, golfe de Fos, golfe de Saint Tropez, et rade de Beaulieu (données AiS 2017 et 2018, navires > 24m).

Evolution des régressions des herbiers

La cartographie des zones en région PACA considérées comme fortement impactées par la pression de mouillage ont été cartographiées par Andromède océanologie grâce à plusieurs campagnes d’acquisition de données acoustiques sonar et vérités-terrain (en plongée géoréferencée) effectuées entre octobre et novembre 2018. L’évolution de la surface de l’herbier, et donc des surfaces de régression, a ainsi pu être analysée sur différentes périodes sur les zones suivantes : Beaulieu-sur-Mer, rade de Cannes, Golfe Juan, Golfe de Saint-Tropez et Baie de la Ciotat.

Données AIS 2019 et autres pressions anthropiques

Toutes les données sur l’impact de la grande plaisance via l’analyse des données AIS sont disponibles sur MEDTRIX. Cette analyse s’intègre dans le cadre du réseau IMPACT portant sur la modélisation des pressions anthropiques côtières et des seuils de vulnérabilité. Ce projet fournit des cartes de modélisation de dix pressions anthropiques, une carte des impacts cumulés et des cartes des seuils de vulnérabilité à grande échelle (Méditerranée française). Ces données ont fait l’objet d’un travail publié dans le journal Plosone en 2015. Elles ont été actualisées en 2019 (intégration des données des sources de pression, consolidation des méthodologies, ajout de nouvelles pressions) et intègrent notamment les données mouillage petite (observations par survols aériens) et grande plaisance (données AIS)

Carte en haute définition de vulnérabilité des habitats dans le golfe de Saint-Tropez qui présente les impacts cumulés selon un gradient variant entre 0 et 15

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Une solution pour ancrer en dehors des écosystèmes sensibles : l’application DONIA

DONIA® est une application communautaire de navigation et d’aide à l’ancrage en dehors des écosystèmes fragiles comme les herbiers sous-marins (posidonie, cymodocée, zostère) et les récifs coralligènes. Gratuitement téléchargeable sur les stores Android et Apple, elle permet à tout plaisancier, pêcheur, plongeur ou capitaine de yacht de se positionner par rapport à la nature des fonds et d’ancrer en dehors des herbiers sous-marins, dans le respect de la loi.

L’application DONIA® développée par Andromède océanologie et l’Agence de l’eau RMC en 2013-2014 a obtenu deux récompenses : le prix entreprise – environnement 2013 et le prix bateau bleu 2013. Elle figurait aussi parmi les finalistes du prix européen 2014 de l’environnement.

En plus de cartes marines précises intégrant la nature des fonds et la bathymétrie, DONIA® apporte à ses utilisateurs la possibilité de rejoindre une communauté et d’échanger des observations pour plus de sécurité, de précision et de choix dans les sites de mouillage.

DONIA® est disponible pour l’ensemble de la Méditerranée française entre 0 et 50 mètres de fond, en région Ligurie (Italie) et dans quelques Aires Marines Protégées en Tunisie, Sardaigne, et zones Natura 2000 de la façade Atlantique française.

En plus des cartes des fonds marins et du SHOM, des données de réglementation marine et des observations, DONIA intègre des cartes bathymétriques haute définition. DONIA® intègre une cartographie précise des fonds marins ainsi que des spots de plongée.

 

La dernière version 3.0 de DONIA® intègre des données de réglementation marine, les cartes marines du Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM), et un module gestionnaire qui permet aux responsables de sites protégés d’interagir avec leurs visiteurs et de les aider à remplir leur mission d’information et de planification des usages.

Ce module gestionnaire, qui est accessible via la plateforme cartographique MEDTRIX, permet : (1) de localiser l’ensemble des bateaux présents dans un périmètre donné, (2) d’envoyer automatiquement à tous plaisanciers entrant dans ce périmètre des informations sur la réglementation et un lien lui permettant d’avoir plus d’informations, (3) de recevoir les observations des utilisateurs qui pourront signaler la présence de cétacés, traces de pollution, objets flottants…, (4) d’envoyer des alertes (pollution, niveau de risque feu, mouillage interdit…) à l’ensemble des bateaux sur zone, ou à un bateau en particulier, et (5) d’apporter un appui à la gestion par un retour statistique et localisé de la fréquentation, des flux et des mouillages.

Gwenaelle Delaruelle, Andromède Océanologie