EXPEDITION GOMBESSA V : surveillance des écosystèmes profonds

Méditerranée. Parce que les hommes y voyagent depuis des millénaires, on la croit sans secrets. Parce qu’ils l’ont conquise et maltraitée, on la croit dévastée. Le berceau de nos civilisations serait devenu la poubelle de nos sociétés. Mais pire encore que la triste réalité, il y a le rêve meurtri : le calme de ses golfes clairs aurait fait taire l’appel du large. Vendue comme lieu de villégiature, elle n’incarnerait plus l’aventure… Et pourtant, si le tourisme peut tuer l’exotisme – et la pollution tout le reste – la Méditerranée est toujours une mer vivante, et elle est encore une mer à explorer.

Loin sous sa surface, se cachent de vastes territoires sous-marins que l’homme n’a jamais parcourus et n’a pas encore saccagés. Ces jardins luxuriants sont dignes des récifs coralliens tropicaux. On les appelle des récifs coralligènes. S’ils sont moins connus et très peu illustrés, c’est parce que ces joyaux naturels des eaux tempérés s’épanouissent, loin de la côte, et surtout au-delà des profondeurs accessibles au plongeur traditionnel. Ces « hotspots » de biodiversité se trouvent dans la zone crépusculaire, l’étage mésophotique, là où ne parvient que moins d’1% de la lumière du soleil, généralement entre 60 et 120 m de fond.

Récif coralligène à corail noir, 90m de profondeur, au large de La Ciotat

Les explorer en plongée autonome, sans aucune limite de temps, est un challenge technique au service de la connaissance, un défi humain et sportif au service de la sensibilisation, une première au niveau mondial. Cette démarche novatrice est possible grâce au mariage inédit de 2 techniques : celle de la plongée à saturation avec celle de la plongée sportive profonde. La première, lourde en logistique et réservée à l’industrie off-shore, est un savoir-faire enseigné à l’Institut National de la Plongée Professionnelle (INPP), actuellement la seule école au monde à proposer ce type de formation. La deuxième technique, la plongée sportive profonde, qui utilise les scaphandres recycleurs à gestion électronique est une spécialité développée comme outil de travail pour la première fois en 2000 par Andromède Océanologie. Cette collaboration entre l’INPP et Andromède Océanologie va permettre à 4 plongeurs de vivre une expérience inédite : habiter dans un caisson pressurisé de 5m2 pendant 15 jours et pouvoir le quitter quotidiennement dans la zone des 100m en toute liberté, et sans limite de temps. Cette mission sera itinérante le long des côtes françaises.

Module de saturation déployé sous l’eau (19 octobre 2018 : premier essai en conditions réelles du mariage plongée à saturation en tourelle avec plongée autonome en recycleur)

En d’autres termes, ils vont détourner les moyens de la plongée industrielle, destinés à l’exploitation des ressources, et se les réapproprier pour l’exploration naturaliste. Ce nouveau défi de plongée est de taille, mais ce n’est pas qu’une performance technique. Il s’agit de plongées utiles avec un enjeu scientifique et écologique :
– étudier la contribution des récifs coralligènes dans la production et le stockage de gaz à effet de serre : dioxyde de carbone (CO2) et du méthane (CH4) ;
mettre en évidence une barrière génétique entre le fond et la zone superficielle pour trois espèces cibles (sars communs, rougets, langoustes) et déterminer la présence d’espèces rares à travers une recherche ADN environnementale ;
enregistrer à l’aide d’hydrophones les différents sons produits par la faune profonde afin d’identifier les différentes espèces présentes ;
– réaliser les modèles 3D des paysages sous-marin par acquisition photogrammétrique ;
évaluer la teneur en métaux et en molécule émergentes dans les zones de refuges ; et bien d’autres missions encore.

Mais il s’agît également d’une promesse d’images inédites, avec l’envie de montrer que l’exotisme n’est pas forcément au bout du monde, avec l’espoir de réparer le lien affectif entre une population locale et son propre patrimoine, et avec l’ambition de développer un nouveau savoir-faire : la plongée à saturation en recycleur autonome, méthode qui pourrait avoir à termes de sérieuses débouchées professionnelles et servir à la connaissance des écosystèmes marins mésophotiques de tous les océans. Défi de plongée, enjeu écologique et promesse d’images exceptionnelles, cette mission n’est peut-être qu’un petit pas pour l’humanité, mais, à coup sûr, un grand pas pour le monde de la plongée sous-marine !

Plus d’informations sur GOMBESSA V sont disponibles sur :
http://www.andromede-ocean.com/partage/gombessa/190111_teaser_gombessaV_US(1).mp4

Vous aurez également la possibilité de suivre le déroulement de l’expédition à travers la chaîne Youtube « Gombessa expeditions ».

 

 

Laurent Ballesta, Andromède océanologie