LA CONTAMINATION DES CÉTACÉS DE MÉDITERRANÉE NORD-OUEST


Habitants des zones pélagiques de Méditerranée, les cétacés n’en sont pas moins contaminés par nos pollutions terrestres et ils sont à ce titre de bons indicateurs de l’état de santé de ces milieux.

Une biopsie : en noir la peau pour le sexage et génétique, plus clair le gras pour l’analyse de contaminants et le dosage hormonal (statut reproducteur et gestation).

Le WWF étudie la contamination des cétacés de Méditerranée nord-ouest depuis 2006. Des biopsies (prélèvements de peau et de gras réalisés avec une arbalète) sont effectuées sur trois espèces cibles : le rorqual commun, le globicéphale noir et le cachalot. Une première phase de 2006 à 2013 a établi un niveau de référence pour les polluants dits « historiques » comme les PCBs, DTT et dérivés, pesticides organochlorés, ainsi que la famille plus récente des retardateurs de flamme bromés (PBDE) pour ces trois espèces. Ces résultats ont confirmé la concentration de ces polluants au long de la chaîne alimentaire. Les rorquals communs, cétacés à fanons filtreurs de plancton, sont ainsi 2 à 11 fois moins contaminés que les deux autres espèces qui consomment des calmars. Les femelles sont de 1.2 à 2.4 fois moins contaminées que les mâles (détoxification des femelles via le lait maternel) et les animaux de Méditerranée présentent une sur-contamination par rapport à leurs congénères d’Atlantique.

Un très jeune globicéphale, vieux de quelques jours, surveillé de près.

Nous avons entamé en 2016 une autre phase dédiée à la contamination par les phtalates en tant que marqueurs de la pollution par les plastiques. Les phtalates sont partout. Couramment utilisés comme plastifiants des matières plastiques, notamment du polychlorure de vinyle (PVC), on les retrouve ainsi dans les films plastiques, emballages, revêtements de sol, rideaux de douche, profilés, tuyaux et câbles, matériaux de construction, peintures ou vernis, mais aussi dans certains dispositifs médicaux. Les phtalates sont aussi incorporés comme fixateurs dans de nombreux produits cosmétiques : vernis à ongles, laques pour cheveux, parfums…. Les effets nocifs des phtalates portent essentiellement sur la fertilité, le développement du fœtus et du nouveau-né. Certains phtalates sont également suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Le plus toxique d’entre eux est le DEHP (phtalate de di-2-éthylhexyle). La contamination est généralisée, significative et multi sources.

Les cachalots sont plutôt moins contaminés par les phtalates que les Rorquals commun.

90 mammifères marins ont été échantillonnés en 2016 (70 Rorquals communs, 6 Globicéphales et 9 Cachalots) en Méditerranée nord-ouest. L’ensemble des échantillons analysés montre des concentrations significatives en phtalates. Le DEHP arrive au second rang en concentration avec une valeur moyenne de l’ordre de 1060 µg/kg de matière sèche. Pour comparaison, on considère qu’une source alimentaire a une concentration élevée lorsque la quantité de phtalate passant du plastique dans l’aliment est supérieure ou égale à 300 µg/kg.

Le Rorqual commun, à la fois puissant et élancé, peut déplacer ses 50 tonnes à plus de 40 km par heure.

Contrairement aux Polluants Organiques Persistants, les phtalates ne se « bio-accumulent » pas et sont rapidement métabolisés. Ces premiers résultats suggèrent donc une exposition chronique et significative aux phtalates. Ils montrent également que le mode de nutrition du Rorqual, qui filtre de très grands volumes d’eau pour en extraire ses proies, le rend particulièrement vulnérable la contamination par les micro-plastiques. Ces résultats seront complétés et enrichis par la campagne de 2017, qui vient de s’achever, avec 80 échantillons supplémentaires.

Denis Ody, WWF